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France, qu’as-tu fait de ta Presse ?


La presse et les medias en général dont l’indépendance se voit chaque jour davantage mise à maapparaissent de plus en plus comme une des victimes collatérales de la présidence Sarkozy. De la mainmise du président sur les médias, aux récents vols de portables et à la violation du secret des sources dont on été victimes plusieurs journalistes récemment, jusqu’au calamiteux résultat d’un classement comparant la liberté de la presse dans plusieurs pays, retour sur une triste série qui en dit long sur l’état du paysage médiatique en Sarkozyie.

Tentatives de mise au pas

Les hostilités ont commencé cet été, avec l’affaire Bettencourt, révélée et alimentée par le site Mediapart, puis le quotidien Le Monde. On se souvient des « éléments de langage » que l’Elysée servait alors aux perroquets de la majorité, les Copé, Morano et autres Lefebvre. Ils tournaient tous autour du même thème, faisant écho aux périodes les plus noires de notre histoire. On vit ainsi fleurir au long d’interviews et d’interventions télévisées des « méthodes fascistes », « presse des années 30 », « méthodes vichystes », et autres perles sentant bon le pétainisme. Tout ceci émanant d’un gouvernement qui dans le même temps envisageait de multiplier les déchéances de nationalité (du jamais vu depuis … Pétain) et qui ne supportait pas que ces mêmes critiques ne puissent lui être adressées.

Il y eut aussi la bien maladroite – mais tellement significative d’un certain état d’esprit – intervention du monarque lui-même pour empêcher Le Monde de tomber dans des mains ennemies – 2012 n’est jamais loin pour l’hôte du Faubourg St Honoré. Plus tard dans la même veine vint la menace d’une prise de contrôle de Serge Dassault – propriétaire duFigaro et voix de son maître – dans Le Parisien, journal populaire à l’influence clé en vue de la campagne de 2012. Tentative soutenue en sous-main par l’Elysée qui se préparait à publier les bans, heureusement avortée.

Violation des sources

Mais le plus grave était encore à venir. Les derniers mois ont vu de sérieuses menaces quant à la protection du secret des sources des journalistes. Tout a commencé avec l’intervention, sur ordre de l’Etat, de la DCRI – le contre-espionnage français – pour identifier les sources du quotidien Le Monde. Cette enquête – classée depuis « secret défense » –  a permis d’identifier l’auteur des sources (David Sénat, un des très proches collaborateurs de Michèle Alliot-Marie, mis à pied depuis).

Et l’exemple venant d’en-haut, c’est le très accommodant Courroye – censé par sa fonction être gardien de la loi, en tout cas la connaître – qui a joué la même partition, tentant lui aussi de percer le secret des sources des journalistes du Monde. Victoire à la Pyrrhus pour le juge, cet acte en effet, bien que dicté par la haine qu’il voue à sa consoeur de Nanterre Isabelle Prévost-Déprez, n’en restait moins pas illégal et lui valut d’être dessaisi du dossier, à son grand regret. Dans les propres termes un rien grandiloquents d’un homme qui se tient en haute estime, le dessaisissement laisse une « Symphonie inachevée ». On se permettra de douter que cela soit une si mauvaise affaire que ça pour la justice.

Vols de portables

Ensuite vinrent les rocambolesques « vols de portables ». A quelques jours de différence, furent en effet dérobés des portables et disques durs de journalistes du Monde, du Point et de Mediapart, ayant en commun de tous enquêter sur l’affaire Woerth-Bettencourt. Dans un climat lourd de soupçons, tous les regards se tournent vers le sommet de l’Etat, tant à cause du professionnalisme observé dans ces 3  affaires,  que de l’intérêt à récupérer pour l’Etat à identifier les sources des journalistes dans cette affaire touchant jusqu’au plus haut sommet de l’Etat.

C’est dans cette atmosphère que Nicolas Sarkozy, interrogé à Bruxelles à ce titre – au lieu de profiter de l’occasion pour dire son attachement en tant que président de la République à la liberté de la presse, n’a eu que cette tirade mémorable :

J’vois pas en quoi cela me concerne. Vous attendez un commentaire de moi sur une enquête. Je vois pas en quoi ça peut concerner le chef de l’Etat. Je vois trop ce qu’un commentaire de ma part pourrait amener comme commentaire de la vôtre.

Sarko_Plantu_En_quoi_ça_me_concerne

Cellule d’espionnage des journalistes

Le dernier volet de cette série a éclaté la semaine dernière, Le Canard accusant nommément Nicolas Sarkozy d’avoir mis en place une surveillance systématique de journalistes enquêtant  sur des affaires touchant de trop près la Sarkozyie. Les deux responsables de la DCRI et de la police nationale, Bernard Squarcini et Frédéric Péchenard, ont beau avoir été entendus par une délégation de parlementaires, et avoir affirmé main sur le coeur qu’il n’existait bien-sûr pas de telle cellule, le doute persiste.

Le pouvoir se devait de riposter et de tenter de reprendre la main. C’est chose faite, dans la plus pure veine sarkozyste, via un dépôt de plainte (Nicolas Sarkozy passera à la postérité comme le président ayant le plus porté plainte de toute l’histoire de la Ve République). Claude Guéant a en effet fait part de son intention de porter plainte contre Mediapart pour « diffamation par voie de citation directe », Squarcini devrait en faire de même bientôt.

Classement Reporters sans Frontières

Entre tentatives d’intimidation, violation des sources, vols de portables et soupçons de cellule d’espionnage des journalistes, on ne peut qu’être inquiet sur le statut de la presse en France. Inquiétudes qui sont encore plus renforcées par la publication récente du classement annuel de la liberté de la presse. Reporters sans Frontières classe la France en …44e position, derrière notamment la Namibie, le Ghana, la Lettonie et la Pologne. L’association explique notamment ce rang médiocre par la violation de la protection des sources, concentration des médias, mépris et même impatience du pouvoir politique envers les journalistes et leur travail, convocations de journalistes devant la justice.

Beau palmarès pour une République irréprochable.

  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. 11 novembre 2010 à 14:04

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