Air Sarko One : le caprice de Sarkozy à 180 millions d’euros

12 novembre 2010 Laisser un commentaire

Ca y est : le nouveau caprice de Sarko vient d’être livré. Retour sur un caprice à 176 millions d’euros.

176 millions d’euros, c’est ce qu’il en aura coûté pour satisfaire la mégalomanie et soigner les complexes du « problème » de la France.

176 millions d’euros, dont près de 90 millions consacrés à l’intérieur du futur avion présidentiel (détail des coût donné dans  un rapport parlementaire). Une vraie bonne affaire puisque le coût de fonctionnement des voyages présidentiels s’envole : de 4,1 millions d’euros pour 1 400 heures de vol par an pour les précédents appareilsà …10 millions d’euros par an pour une moyenne de 700 heures de vol pour la nouvelle merveille volante. La façon de Nicolas Sarkozy de participer à l’effort national de réduction des déficits.

Pas étonnant que l’Airbus présidentiel, devenu symbole du bling-bling présidentiel (voir le sketch des Guignols ci-dessous) ait déjà pas mal fait parler de lui avant même d’avoir réalisé son premier vol d’essai.

Nous eûmes tout d’abord droit à cette question fondamentale : l’avion présidentiel disposerait-il d’une baignoire sabot pour les ablutions du monarque ?

Cette baignoire sabot fut d’ailleurs à l’origine d’un incident symptomatique des relations de force entre les medias et le président. En effet, un journaliste de RTL fut ainsi contraint de s’excuser après avoir commis un reportage humoristique sur ladite baignoire, reportage vécu comme un crime de lèse-majesté en haut lieu. Un coup de force rarement vu sous la Ve République. Cette affaire fut jugée tellement sensible que c’est Franck Louvrier lui-même, conseiller en communication de son excellence, qui se chargea du sale boulot d’obtenir les excuses.

Il faudra désormais s’y faire : en France, quand on n’écoute pas les journalistes, on les somme de s’excuser. Encore un effort et nous rattraperons Poutine sur ce sujet.

Vinrent ensuite les rumeurs sur la présence à bord d’un four à pizza (sic), ou d’une cafetière à 25 000 euros.

Puis ce fut le tour des humoristes de se déchaîner sur le nouveau jouet qui allait permettre à Sarko de « faire » président. Les Guignols livrèrent un sketch assez réaliste (ci-dessous) où l’on voit Sarko en nouveau beauf bling-bling et Carla à bord d’Air Sarko One en route pour Dubaï dépassant Obama à bord, lui, d’Air Force One. Laurent Gerra sur RTL, à peine plus éloigné de la réalité, imagine quant à lui dans l’avion présidentiel des miroirs dans la chambre à coucher, une cheminée avec peaux de bêtes et …une valise Vuitton pour les codes nucléaires.

Décidément, on n’a pas fini de parler d’Air Sarko One…qu’il faudra songer à rebaptiser quand les français auront  renvoyé Sarko à Neuilly.

Sarko, un président petit par la taille, grand par les oreilles

11 novembre 2010 3 commentaires

On croyait la pratique tombée en désuétude. Il n’en est rien, et les écoutes de journalistes prospèrent sous Sarko.

Ecoutes de Journalistes

A chaque changement de majorité, les nouveaux arrivants promettent de mettre fin à la pratique. Il semblerait que sous Sarko, les écoutes de journalistes au profit du pouvoir ne se soient jamais mieux portées, entre identifications des sources, suspicion de mise en place d’une cellule dédiée et contournement de lois existantes pour faciliter le procédé.

Les écoutes ont commencé avec la comédie de boulevard que fut l’affaire sur les tensions supposées au sein du couple présidentiel. Rachida Dati, soupçonnée d’être à l’origine de ces bruits, a été mise sur écoute, et envisage même de porter plainte à ce tire (voir video à partir de 4’32).

Mais c’est l’affaire Woerth-Bettencourt qui a vraiment relancé le débat sur la mise sous surveillance des journalistes, dans le but d’identifier et de confondre leurs sources – pourtant protégée par une loi de Janvier 2010 à l’initiative de François Fillon. On a ainsi appris que les « fadettes » (relevés téléphoniques) de certains journalistes avaient été demandées aux opérateurs par la DCRI et le procureur Courroye (voir article), en toute illégalité. Le Monde a porté plainte suite à ces actions, sans succès puisque le procureur de Paris, en charge de l’affaire, s’est vu opposer le secret-défense par la DCRI refusant de livrer les détails des éléments recueillis lors des examens des fadettes.

Ecoutes de l'Elysée

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Et il semblerait que l’enquête de la DCRI dans l’affaire Woerth-Bettencourt ne soit que le haut de l’iceberg, Le Canard Enchaîné affirmant dans ses éditions de cette semaine et de la semaine dernière qu’une cellule d’espionnage des journalistes avait été constituée à la DCRI, sur demande de Nicolas Sarkozy lui-même. Dans son édition de cette semaine, l’hebdomadaire va encore plus loin, allant même jusqu’à parler de « conspiration » destinée à simplifier le travail des enquêteurs de la police en passant outre la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS) pour obtenir des renseignements sur les appels passés par les journalistes, par l’intermédiaire des fadettes.

Toujours suivant Le Canard, le secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant aurait ainsi organisé en septembre 2009 une réunion de crise à ce sujet avec des représentants de la DCRI, un membre du cabinet du Premier ministre François Fillon et un conseiller de Nicolas Sarkozy. Deux mois plus tôt, la CNCIS avait rappelé à l’ordre les opérateurs téléphoniques en leur rappelant que son autorisation était indispensable.

Il aurait été décidé lors de cette réunion de faire valoir un « intérêt supérieur de l’Etat » pour se passer d’autorisations, et de contourner par une interprétation audacieuse la loi de 1991 qui ne prévoit cette dérogation que dans certains cas limités d’écoutes ou de surveillance hertziennes.

L’Elysée aurait ensuite nommé en octobre 2009 Hervé Pelletier, un président de la CNCIS plus « accommodant » que le précédent. L’homme surnommé à l’Elysée « Avec lui, jamais de pépin » (sic !) doit une partie de sa carrière à Sarko, qui a notamment appuyé sa candidature à la Cour de Cassation. Sur ordre de l’Elysée, il fait adopter en catimini la nouvelle interprétation de la loi, lors d’un vote technique le 21 janvier 2010. Depuis, la police examine sans autorisation les factures détaillées de téléphone des journalistes, affirme Le Canard. Pure coïncidence, les demandes de transmission des données d’appels des journalistes seraient en augmentation constante depuis deux ans, aux dires d’un porte-parole de France Telecom.

Enfin, la thèse de la surveillance institutionnalisée des journalistes semble être accréditée par une note adressée au Ministère de l’Intérieur à laquelle France Info a pu avoir accès et classée « confidentiel défense » émanant de Matignon rappelant que se procurer directement des factures détaillées auprès des opérateurs de téléphone. Un rappel à la loi qui sonne comme un démenti cinglant envers tous les cadors de la majorité qui proclamaient encore la semaine dernière la main sur le coeur que jamais dans la République Irréprochable de Nicolas Sarkozy de telles pratiques pouvaient avoir lieu.

Villepin, Goncourt de la politique

11 novembre 2010 Laisser un commentaire

On a les opposants que l’on peut. De Gaulle eut son François Mitterrand, Sarkozy a son Villepin. Dernière sortie du meilleur ennemi du président : Nicolas Sarkozy serait le « problème de la France ».

Chacun célèbre les 40 ans de la mort du Général à sa façon. Sarko va lire à Colombey un discours écrit par Guaino, tentant désespérément dans une mise en scène qui n’a trompé que lui à se poser en héritier du gaullisme.

L’autre lance une véritable « blitzkrieg » contre le monarque en place. Un livre, plusieurs interviews, une formule choc, tel sont les armes de Villepin.

L’offensive commence par un livre « L’esprit de Cour », dans lequel Dominique de Villepin critique violemment le mode de gouvernement de Nicolas Sarkozy, lui reprochant notamment d’avilir la fonction présidentielle et de s’entourer d’une cour servile et apeurée. Dans les mots de l’ancien premier ministre :

Il (Nicolas Sarkozy) a fait ainsi prospérer une cour invraisemblable de perroquets apeurés distillant en boucle les mêmes éléments de langage, de flatteurs impénitents, de roseaux plus penchés que pensants qui ne vivent qu’à travers le regard du prince. (…) Nicolas Sarkozy a innové en inventant une cour à son image. Elle a la peur comme moyen, l’argent comme fin et le spectacle médiatique comme théâtre de sa mise en scène narcissique.


Le deuxième volet de l’offensive a consisté en une sortie qui a marqué le week-end, scandalisant l’UMP et forçant les ministres en poste soucieux d’être reconduits à réagir :

Nicolas Sarkozy est aujourd’hui un des problèmes de la France. Il est temps que la parenthèse que nous vivons depuis 2007 soit refermée. Les résultats ne sont pas là, notre pays est amoindri, nous sommes divisés, nos principes sont affectés, et nous devons nous consacrer à l’essentiel.

Succès assurée pour cette tirade anti-Sarko, que l’ex-premier ministre ne s’est pas privé de réitérer au cours de ses apparitions médiatiques ultérieures. La formule restera en tout cas comme une des plus réussies et des plus cinglantes de l’année 2010.

Preuve que Villepin, quoique seul, isolé, et sans parti, n’a rien perdu de sa superbe et reste – du moins en ce qui concerne l’éloquence – le meilleur ennemi de notre monarque.

L’hommage à De Gaulle : Sarko de taille ?

11 novembre 2010 Laisser un commentaire

Sarko a décidément bien  du mal à revêtir les habits présidentiels. Le discours à la mémoire du Général en apporte une preuve supplémentaire.

L’ensemble de la célébration laisse une drôle d’impression : Sarko essaie de « faire » président, mais n’y arrive visiblement pas : gerbe déposée au pas de course, discours lu sans la moindre émotion, hommage au Général se transformant en un réquisitoire pro-domo, servant à justifier pêle-mêle la réforme des retraites, l’hyper-présidence, la régulation financière. Tout au long du discours (texte intégral), le président ne peut d’ailleurs s’empêcher de décocher des sourires déplacés de bateleur de foire. L’impression qu’a été rendu hommage au Général par un nouveau genre de président, mélange contre nature du pizzaiolo et du ravi de la crèche.

Le discours commence bien mal :

Qui ne se souvient, parmi les gens de ma génération, de cette soirée du 9 novembre 1970 où la France apprit que le général de Gaulle venait de mourir ? Il y eut comme une grande stupeur qui saisit le pays tout entier.

Sarko évoque la nuit de la mort du Général. Or, raté Guaino, si ce dernier est bien mort dans la soirée du 9 Novembre, la nouvelle ne fut rendue publique que le …10 Novembre. Ce matin, les journalistes soulignaient la bourde, notant avec une certaine ironie que la date du 9 Novembre avait déjà joué des tours à Sarko qui avait prétendu être allé à Berlin cette date-là avant que ne soit démontré qu’il n’en était rien. Une affabulation de plus, dont la geste sarkozienne est truffée.

Suit une longue évocation de la vie et l’oeuvre politique du Général, que Guaino a cru judicieux – pour faire solennel – de truffer d’imparfaits du subjonctif, que l’on est en droit de douter que ce grand amateur de La Princesse de Clèves et indécrottable fan de Johnny qu’est Nicolas Sarkozy n’ait appréciés à leur juste valeur.

Suit une longue justification par Nicolas Sarkozy de sa politique, par une lecture toute personnelle de l’oeuvre politique du Général.  L’hyperprésidence ? En germe dans les institutions voulues et bâties par le Général. La réforme des retraites ? Un signe de détermination en droite ligne de l’héritage gaulliste. La régulation financière ? Implicite dans la célèbre tirade du Général sur la politique de la France ne se faisant pas à la corbeille de la Bourse.

Captation d’héritage éhontée, digne de François-Marie Banier.

Mais, là où – pour reprendre les termes de Villepin – le « problème de la France » prend toute son ampleur c’est quand ce dernier déclame :

Mais le devoir du Président de la République, responsable devant la Nation, c’est de décider sur le seul critère de l’intérêt général.

Un instant…Oubliée la fête de la victoire au Fouquet’s un soir de mai 2007 ? Oubliés le bouclier fiscal, la politique menée favorable à l’excès aux riches et puissants ? Oubliée la honteuse affaire de népotisme, digne de chefs d’Etat africains, du parachutage de Sarko Junior à l’EPAD ? Oubliées les nominations de proches du président à la tête, qui d’une banque, qui de l’opérateur historique de télécoms ? Oubliée la mise sous tutelle de l’audiovisuel public ? Oubliées l’affaire Woerth-Bettencourt ou encore les écoutes de journalistes ?

L’époque a le président qu’elle mérite. Gageons que De Gaulle, lui, ne méritait pas que lui fût rendu hommage par un tel président.

France, qu’as-tu fait de ta Presse ?

9 novembre 2010 1 commentaire

La presse et les medias en général dont l’indépendance se voit chaque jour davantage mise à maapparaissent de plus en plus comme une des victimes collatérales de la présidence Sarkozy. De la mainmise du président sur les médias, aux récents vols de portables et à la violation du secret des sources dont on été victimes plusieurs journalistes récemment, jusqu’au calamiteux résultat d’un classement comparant la liberté de la presse dans plusieurs pays, retour sur une triste série qui en dit long sur l’état du paysage médiatique en Sarkozyie.

Tentatives de mise au pas

Les hostilités ont commencé cet été, avec l’affaire Bettencourt, révélée et alimentée par le site Mediapart, puis le quotidien Le Monde. On se souvient des « éléments de langage » que l’Elysée servait alors aux perroquets de la majorité, les Copé, Morano et autres Lefebvre. Ils tournaient tous autour du même thème, faisant écho aux périodes les plus noires de notre histoire. On vit ainsi fleurir au long d’interviews et d’interventions télévisées des « méthodes fascistes », « presse des années 30 », « méthodes vichystes », et autres perles sentant bon le pétainisme. Tout ceci émanant d’un gouvernement qui dans le même temps envisageait de multiplier les déchéances de nationalité (du jamais vu depuis … Pétain) et qui ne supportait pas que ces mêmes critiques ne puissent lui être adressées.

Il y eut aussi la bien maladroite – mais tellement significative d’un certain état d’esprit – intervention du monarque lui-même pour empêcher Le Monde de tomber dans des mains ennemies – 2012 n’est jamais loin pour l’hôte du Faubourg St Honoré. Plus tard dans la même veine vint la menace d’une prise de contrôle de Serge Dassault – propriétaire duFigaro et voix de son maître – dans Le Parisien, journal populaire à l’influence clé en vue de la campagne de 2012. Tentative soutenue en sous-main par l’Elysée qui se préparait à publier les bans, heureusement avortée.

Violation des sources

Mais le plus grave était encore à venir. Les derniers mois ont vu de sérieuses menaces quant à la protection du secret des sources des journalistes. Tout a commencé avec l’intervention, sur ordre de l’Etat, de la DCRI – le contre-espionnage français – pour identifier les sources du quotidien Le Monde. Cette enquête – classée depuis « secret défense » –  a permis d’identifier l’auteur des sources (David Sénat, un des très proches collaborateurs de Michèle Alliot-Marie, mis à pied depuis).

Et l’exemple venant d’en-haut, c’est le très accommodant Courroye – censé par sa fonction être gardien de la loi, en tout cas la connaître – qui a joué la même partition, tentant lui aussi de percer le secret des sources des journalistes du Monde. Victoire à la Pyrrhus pour le juge, cet acte en effet, bien que dicté par la haine qu’il voue à sa consoeur de Nanterre Isabelle Prévost-Déprez, n’en restait moins pas illégal et lui valut d’être dessaisi du dossier, à son grand regret. Dans les propres termes un rien grandiloquents d’un homme qui se tient en haute estime, le dessaisissement laisse une « Symphonie inachevée ». On se permettra de douter que cela soit une si mauvaise affaire que ça pour la justice.

Vols de portables

Ensuite vinrent les rocambolesques « vols de portables ». A quelques jours de différence, furent en effet dérobés des portables et disques durs de journalistes du Monde, du Point et de Mediapart, ayant en commun de tous enquêter sur l’affaire Woerth-Bettencourt. Dans un climat lourd de soupçons, tous les regards se tournent vers le sommet de l’Etat, tant à cause du professionnalisme observé dans ces 3  affaires,  que de l’intérêt à récupérer pour l’Etat à identifier les sources des journalistes dans cette affaire touchant jusqu’au plus haut sommet de l’Etat.

C’est dans cette atmosphère que Nicolas Sarkozy, interrogé à Bruxelles à ce titre – au lieu de profiter de l’occasion pour dire son attachement en tant que président de la République à la liberté de la presse, n’a eu que cette tirade mémorable :

J’vois pas en quoi cela me concerne. Vous attendez un commentaire de moi sur une enquête. Je vois pas en quoi ça peut concerner le chef de l’Etat. Je vois trop ce qu’un commentaire de ma part pourrait amener comme commentaire de la vôtre.

Sarko_Plantu_En_quoi_ça_me_concerne

Cellule d’espionnage des journalistes

Le dernier volet de cette série a éclaté la semaine dernière, Le Canard accusant nommément Nicolas Sarkozy d’avoir mis en place une surveillance systématique de journalistes enquêtant  sur des affaires touchant de trop près la Sarkozyie. Les deux responsables de la DCRI et de la police nationale, Bernard Squarcini et Frédéric Péchenard, ont beau avoir été entendus par une délégation de parlementaires, et avoir affirmé main sur le coeur qu’il n’existait bien-sûr pas de telle cellule, le doute persiste.

Le pouvoir se devait de riposter et de tenter de reprendre la main. C’est chose faite, dans la plus pure veine sarkozyste, via un dépôt de plainte (Nicolas Sarkozy passera à la postérité comme le président ayant le plus porté plainte de toute l’histoire de la Ve République). Claude Guéant a en effet fait part de son intention de porter plainte contre Mediapart pour « diffamation par voie de citation directe », Squarcini devrait en faire de même bientôt.

Classement Reporters sans Frontières

Entre tentatives d’intimidation, violation des sources, vols de portables et soupçons de cellule d’espionnage des journalistes, on ne peut qu’être inquiet sur le statut de la presse en France. Inquiétudes qui sont encore plus renforcées par la publication récente du classement annuel de la liberté de la presse. Reporters sans Frontières classe la France en …44e position, derrière notamment la Namibie, le Ghana, la Lettonie et la Pologne. L’association explique notamment ce rang médiocre par la violation de la protection des sources, concentration des médias, mépris et même impatience du pouvoir politique envers les journalistes et leur travail, convocations de journalistes devant la justice.

Beau palmarès pour une République irréprochable.

A l’aube du 3e millénaire, la Droite se réincarne en Extrême

25 octobre 2010 Laisser un commentaire

On devait s’y attendre : alors que Sarko a tout fait pour draguer les électeurs FN cet été après les émeutes de Grenoble et les violences de St Aignan, la parole se libère, les tabous sautent, comme « kärcherisés ». Ainsi, à quelques jours d’écart, un célèbre parfumeur à la retraite d’évoquer sur une chaîne  publique un travail de « nègre », avant d’enchaîner sur des propos racistes, et deux députés UMP d’évoquer ouvertement une union avec le FN.

Le premier volet de l’affaire aurait pu rester anecdotique, s’agissant d’un vieux beau racontant en direct sur France2 à une journaliste béate le mythe de la création du parfum Samsara. Sauf que cet ex- parfumeur n’est autre que Jean-Paul Guerlain, héritier de la maison Guerlain, que le parfum dont il raconte la génèse est Samsara, un des succès de la maison dans les années 80, à la communication largement inspirée de l’Orient (cf. video), qu’il est salarié de LVMH, dont l’actionnaire majoritaire est Bernard Arnault, témoin du mariage de Sarkozy avec Cécilia, dont la première femme est désormais l’épouse de Patrice de Maistre…le gestionnaire de Liliane Bettencourt.

Mr Guerlain a donc déclaré qu’il avait pour la création du parfum Samsara « travaillé comme un nègre », ajoutant – visiblement satisfait – de son trait d’esprit :

Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin.

Dérapage raciste donc, d’un vieux beau, qui a fait hurler de rire la journaliste Elise Lucet, qui – certainement toute au jasmin et au santal du parfumeur – n’a rien trouvé à redire à ce dérapage raciste en direct dans son émission.

Pour aggraver son cas, LePost.fr rappelle que Jean-Paul Guerlain avait déjà été rappelé à l’ordre pour violation du code du travail à Mayotte, dans ses plantations d’Ylang-ylang : le parfumeur employait ses cueilleuses, sans contrat de travail, et sans fiche de paie…Un travail de nègre qui ne nécessitait certainement pas selon l’héritier de juste rémunération.

Le slogan du parfum à son lancement clamait qu’ « à l’aube du 3e millénaire, la femme se réincarne en Guerlain » (voir video ci-dessous). A l’aube de 2012, les consommatrices de Guerlain seront prévenues : c’est la réincarnation en racistes qu’elles risquent.

Si le dérapage de Jean-Paul Guerlain est en soi assez pitoyable, émanant d’une personne privée, il reste d’une ampleur moindre. Par contre, venant de certains élus (UMP) de la nation, cela devient de plus en plus angoissant. Ainsi celui des deux amis, Christian Vanneste et Xavier Lemoine, appelant de leurs voeux sur Radio Courtoisie,  «la radio libre du pays réel», une alliance entre l’UMP et le FN en vue de 2012.

Le premier, Christian Vanneste, député du Nord, estime que l’«alliance avec ce qui est à notre droite» est «tout à fait possible», et prône la présentation de candidats UMP-FN aux législatives. Celui-ci en bon démocrate, y met toutefois une réserve : que «le Front National descende les portraits de Mussolini», c’est à dire qu’il reste comme il est, mais qu’il arrête ses dérapages verbaux.

Le second, Xavier Lemoine, député de Montfermeil, va plus loin : il appelle de ses voeux une «union» UMP-FN , déclarant :

Il est nécessaire et indispensable qu’on arrive à cette union.

Comme quoi, Sarko nous avait promis de libérer la croissance, avec le succès que l’on sait, c’est plutôt la parole raciste et nauséabonde qu’il a libérée…

 

Y aurait-t-il une justice indépendante en France ?

17 octobre 2010 1 commentaire

Nouveau rebondissement dans l’affaire Woerth-Bettencourt : Jean-Louis Nadal, le plus haut représentant du parquet, demande au procureur Courroye, proche de Nicolas Sarkozy, et jusque-là seul en charge du dossier de transmettre l’affaire à un juge d’instruction, mesure réclamée jusqu’alors par à peu-près tout ce qui ne porte pas casaque UMP.

Jean-Louis Nadal

C’est Corine Lepage qui a pris l’initiative cet été de demander à Jean-Louis Nadal si il y avait motif ou non dans le cadre de l’affire Woerth-Bettencourt de saisir la Cour de Justice de la République (CJR), instance habilitée à juger les fautes commises par des ministres en exercice.

Le procureur général près la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, s’est donc fait communiquer les résultats des enquêtes en cours et a officiellement recommandé la saisie d’un juge d’instruction, recommandant au procureur général de Versailles (supérieur hiérarchique de Courroye) que :

les investigations se poursuivent dans le cadre de l’information judiciaire (c.à d. par la désignation d’un juge d’instruction), seul cadre procédural de droit commun existant (qui permette) le strict respect des droits de la défense, par l’accès à la procédure et l’assistance d’un avocat.

Toutefois, Jean-Louis Nadal, estime ne pas disposer de suffisamment d’éléments à ce stade de l’enquête pour se prononcer sur un renvoi de l’affaire devant la CJR.

Ce dernier va encore plus loi – et cela fera sourire ceux qui ont suivi l’affaire – ce dernier s’étonne qu’aucune enquête n’ait encore été ouverte dans le cadre de la vente d’une parcelle de la forêt de Compiègne réalisée par Mr Woerth peu de temps avant son départ du Ministère du Budget dans des conditions prêtant à suspicion. Et demande au procureur général de Paris :

de lui adresser tous les éléments utiles (concernant) la cession d’une parcelle de la forêt domaniale de Compiègne (une décision contestée de Woerth qui n’a pour l’instant donné lieu à aucun développement judiciaire).

Mais ne nous réjouissons pas trop vite, l’indépendance de la justice étant en France sous Nicolas Sarkozy ce qu’elle est, et les demandes de Jean-Louis Nadal n’ayant pas de valeur directive, il est encore fort probable que l’enquête reste dans les mains de Courroye, qui a adressé une fin de non-recevoir à cette demande. Ce dernier a d’ailleurs aussitôt fait savoir qu’il allait « continuer ses investigations », suggérant du même coup qu’il n’entendait aucunement passer la main.

Appart Nicolas Sarkozy île de la Jatte

Rappelons pour la petite histoire que ce procureur est un « ami » de Nicolas Sarkozy, qu’il avait lui-même classé sans suite l’enquête sur l’achat de l’appartement de ce dernier sur l’île de la Jatte au groupe immobilier Lasserre (dépendant des permis de construire de la mairie) alors qu’il était maire de Neuilly-sur-Seine. Nicolas Sarkozy était à l’origine des faits suspecté de prise illégale d’intérêts et de corruption passive avec enrichissement personnel…

Gageons dans cette situation qu’il est donc aussi peu probable de voir confier à un juge d’instruction l’enquête sur Woerth, que de voir la chimérique commission d’enquête demandée par l’opposition se mettre en place.