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La diplomatie française à poil


Et si l’image du jeune Boillon en slip de bain qui a fait le bonheur des internautes le week-end dernier n’était finalement qu’une excellente métaphore de l’état lamentable de la diplomatie française après 4 ans de sarkozysme ?

A poil. La photo de notre beau Boris en slip de bain apparaît avec le recul comme assez prémonitoire…Et si Boris, tout en abdos et torse huilé voulait nous faire passer le message suivant : « Et oui, la diplomatie française est à poil ! A poil, comme moi ! ».

Force est en effet de reconnaître que la politique étrangère française se trouve après 4 ans de sarkozysme dans un état lamentable, et que les épisodes des derniers mois réussiraient presque à faire passer Douste-Blazy – critiqué en son temps pour son peu d’expérience en la matière – pour un Kissinger français.

Mais un retour sur les épisodes précédents s’impose.

MAM : c’est elle par qui le scandale arrive. Pourtant, cette chiraquienne pur-jus droite sur ses hauts talons et éternellement drapée dans des pashminas couleur pastel  semblait – à défaut d’un quelconque génie – détenir le Graal après lequel les politiques courent : la capacité de durer. Ministre depuis 2002 sans discontinuer elle avait même été appelée pour nettoyer les Ecuries d’Augias du ministère de la Justice après le désastreux passage de la passionnaria  Dati, plus à l’aise dans les boutiques de l’Avenue Montaigne que dans ses bureaux Place Vendôme. Mission dont elle s’acquitta honorablement, il faut bien le reconnaître. Bref, la ministre au look de bonne bourgeoise sûre de ses prérogatives semblait respirer stabilité et longévité – à l’image du chêne, symbole de son micro-parti.

Tout ceci était sans compter sur la faille de MAM : sa fidélité en amitié. Fidélité d’autant plus solide que lorsqu’elle s’exerce envers des « spoliés » de régimes corrompus.

Alors, lorsque le régime sous lequel s’épanouit financièrement un ami de longue date de la famille semble sur le point de vaciller, MAM n’hésite à proposer, pashmina en bandoulière, le savoir-faire français à la police tunisienne pour «régler les situations sécuritaires». Premiers appels à démissionner de la part de députés de gauche médusés.

L’histoire aurait pu en rester là sans les révélations du Canard Enchaîné. On apprit plus tard que la ministre, et sa famille avait bénéficié lors de leurs vacances de fin d’année en Tunisie de l’hospitalité de l’ami de MAM, Aziz Miled, riche homme d’affaires tunisien associé au clan des Ben Ali – Trabelsi dans de nombreuses affaires, et dont les avoirs ont à ce titre été gelés par la Suisse.  MAM faisait donc encore plus fort que Woerth. Impériale, elle alliait au conflit d’intérêt (les largesses d’un homme d’affaires trouble envers un ministre d’Etat) l’incompétence, voire l’inconscience (le déplacement privé d’un ministre des affaires étrangères dans un pays ravagé par la guerre civile).

Mais là où le feuilleton MAM devait dépasser l’imagination, ce fut à l’annonce de la transaction immobilière qu’avaient réalisé les parents d’Alliot-Marie (92 et 94 ans au compteur respectivement – chez les Marie, le chantier de Sarko de la dépendance, ça fait doucement rire !) avec le même sulfureux ami tunisien de MAM. Sans aller jusqu’à supposer comme le laissait entendre le Canard Enchaîné que cette transaction particulièrement compliquée (l’investissement dans une SCI à l’étranger en grand secret) pût cacher un objectif non avoué d’évasion fiscale, on ne peut que rester qu’abasourdi devant l’inconscience de la ministre d’accepter d’être le témoin d’une telle opération.

La ministre tenta bien de se défendre, allant du mensonge lors de son interview au 20 Heures, à l’offense feinte (« On me salit », « Le plus triste, ce sont les conséquences pour mes pauvres parents » …). Hélas, force est de constater, au vu des derniers sondages, que les français n’ont pas plus acheté les boniments de MAM que ceux de Woerth en son temps.

Depuis, notre ministre est en sursis, persona non grata dans les voyages officiels dans les pays où justement la diplomatie française est en lambeaux.

Et il semblerait que suite aux derniers sondages désastreux, Nicolas Sarkozy, ayant finalement appris de l’affaire Woerth, ait décidé de se séparer de son encombrante ministre dès ce week-end. La seule question qui resterait encore en suspens serait le sor de Patrick Ollier, compagnon de MAM, tout autant compromis avec l’ancien régime tunisien que cette dernière, mais qui lui affiche en plus à son palmarès sa proximité affichée avec la Lybie du colonel Kadhafi…On le voit, les MAM sont devenus aux affaires étrangères ce que les Woerth étaient à L’Oréal et aux conflits d’intérêt en leur temps … En tout cas, ils qualifiaient amplement pour un rapide lâchage de la part du président.

Fillon, classe affaires sur Air Moubarak

Mais les boulets de Sarkozy dans le cadre de la politique étrangère ne s’arrêtent pas là : son premier ministre, lui-même, le soi-disant irréprochable Fillon a lui-même bénéficié des faveurs d’un dictateur déchu : il était (avec sa famille, histoire d’aggraver son cas) à Noël l’hôte de Moubarak, qui sut se montrer généreux envers notre premier ministre, puisqu’il lui paya transport (avion et bateau) et hébergement. Pas étonnant que Fillon se contente d’un laconique message soulignant la « courage » de Moubarak d’abandonner son poste, message qui en laissèrent plus d’un sans voix de la part du numéro 2 d’un pays qui se veut patrie des Droits de l’Homme.

Il est vrai que Sarkozy pouvait difficilement reprocher à son premier ministre une conduite qu’il fit sienne à plusieurs reprises : il fut en effet à deux reprises, en 2009 et 2010 à l’occasion de ses vacances de fin d’année (décidément, le Noël 2010 fut fatal à la « République Irréprochable » promise en 2007), l’hôte d’un autre grand démocrate et accapareur patenté des richesses nationales de son pays : le roi du Maroc, qui mit à disposition de Sarko et Carla un de ses palais à Marrakech…

Boillon, dégage !

Mais la Tunisie devait vite se rappeler au souvenir du président français d’une manière qui si elle n’était aussi pas pathétique pourrait faire rire.

Sarko fit en effet nommer dans ce pays, théâtre de compromissions diplomatico-immobilières qui sembleraient devoir valoir à MAM son poste, un de ses « Sarkoboys », Boris Boillon. A 41 ans, le jeune premier au physique à mi-chemin entre James Bond et un cover-boy de Têtu comptait entre autres à son actif la libération des infirmières bulgares et l’organisation de la pathétique visite du Kadhafi Circus à Paris. Le jeune homme, tout rempli de son importance et ne cachant pas son admiration pour son mentor, réussit à sa première rencontre avec des journalistes à en insulter deux, traitant leurs questions de « débiles » et assénant à des journalistes qui venaient juste de redécouvrir la liberté d’expression le très peu diplomatique :

N’essayez pas de me faire tomber sur des trucs débiles. Vous croyez que j’ai ce niveau niveau-là? Vous croyez que, moi, je suis dans la petite phrase débile?

 

 

On l’aura vu, Sarko pourra être fier de son élève : ce dernier a fait sienne la vision de la presse du président.

Sauf que les propos n’étaient pas proférés en France contre des journalistes tenus par le pouvoir, mais en Tunisie, pays qui gardait à l’esprit l’attitude de la France pendant leur révolution de jasmin ainsi que les virées de MAM. La réaction de la rue tunisienne, qui était venue à bout de bien plus coriace que du sarkophile ambassadeur bodybuildé, ne se fit pas attendre : des centaines de personnes défilèrent devant l’ambassade de France à Tunis, réclamant le départ du jeune roquet arabisant, aux cris de « Boillon, dégage ! » et autres « Casse-toi pauv’Boillon » – en référence à la très élégante et très peu diplomatique prose du maître à penser de notre jeune premier, si rapidement carbonisé.

 

 

Boillon réussissait donc une entrée fracassante dans l’histoire, par la petite porte il est vrai, comme premier ambassadeur à déclencher une manifestation contre sa propre personne et à devoir aller présenter ses excuses à la télévision. Ridicule accentué par le fait que ce jeune ambitieux se voulant le « premier ambassadeur 2.0 », laissait traîner une photo de lui – fort avantageuse au demeurant – en slip de bain sur le réseau … Les internautes et jusqu’à Marine le Pen se sont empressés de s’emparer du cliché, ajoutant le ridicule au déshonneur et finissant d’achever notre dynamique ambassadeur.

Après la diplomatie du Fouquet’s, celle du Marly

Mais la séquence ne serait complète sans une prise de hauteur et une analyse de fond sur l’état de la diplomatie française. Analyse offerte par une tribune de diplomates regroupés au sein d’un collectif dénommé « Marly » – du nom du restaurant où eurent lieu les premières réunions du groupe –  dans laquelle ces derniers tirent à boulet rouge sur la politique étrangère de Nicolas Sarkozy :

Notre politique étrangère est placée sous le signe de l’improvisation et d’impulsions successives, qui s’expliquent souvent par des considérations de politique intérieure. Qu’on ne s’étonne pas de nos échecs. Nous sommes à l’heure où des préfets se piquent de diplomatie, où les « plumes » conçoivent de grands desseins (…).

Improvisations, impulsivité, manque de cohérence : la politique étrangère de la France est défendue en flèche par ceux qui en sont pourtant les acteurs, ces derniers attribuant les échecs successifs aux conseillers de Sarko, les Guéant (« l’ancien préfet ») – Guaino (« la plume »). Ce dernier ainsi que la très discréditée MAM eurent beau répondre se fendant eux aussi d’une tribune dans le quotidien du soir, on eut beau organiser la réponse d’un autre collectif dans le Figaro – manœuvre un peu trop visible pour être convaincante –  rien n’y fit : le discrédit était là, des professionnels du métier confirmant ce que les français exprimaient de plus en plus nettement, au fur et à mesure des sondages.

A l’heure où ces lignes sont écrites se déroule un curieux manège : le débarquement de MAM est annoncé par toute la presse, Sarko, dans son squatt de la Lanterne – résidence volée au premier ministre – consulte et fait semblant de croire qu’il a encore le choix. Un dixième remaniement se prépare. Mais vu l’état du malade, il y a fort à parier que les Affaires Etrangères restent encore et pour longtemps fort étrangères à notre aspirant président.

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