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Posts Tagged ‘réforme des retraites’

Y aurait-t-il une justice indépendante en France ?

17 octobre 2010 1 commentaire

Nouveau rebondissement dans l’affaire Woerth-Bettencourt : Jean-Louis Nadal, le plus haut représentant du parquet, demande au procureur Courroye, proche de Nicolas Sarkozy, et jusque-là seul en charge du dossier de transmettre l’affaire à un juge d’instruction, mesure réclamée jusqu’alors par à peu-près tout ce qui ne porte pas casaque UMP.

Jean-Louis Nadal

C’est Corine Lepage qui a pris l’initiative cet été de demander à Jean-Louis Nadal si il y avait motif ou non dans le cadre de l’affire Woerth-Bettencourt de saisir la Cour de Justice de la République (CJR), instance habilitée à juger les fautes commises par des ministres en exercice.

Le procureur général près la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, s’est donc fait communiquer les résultats des enquêtes en cours et a officiellement recommandé la saisie d’un juge d’instruction, recommandant au procureur général de Versailles (supérieur hiérarchique de Courroye) que :

les investigations se poursuivent dans le cadre de l’information judiciaire (c.à d. par la désignation d’un juge d’instruction), seul cadre procédural de droit commun existant (qui permette) le strict respect des droits de la défense, par l’accès à la procédure et l’assistance d’un avocat.

Toutefois, Jean-Louis Nadal, estime ne pas disposer de suffisamment d’éléments à ce stade de l’enquête pour se prononcer sur un renvoi de l’affaire devant la CJR.

Ce dernier va encore plus loi – et cela fera sourire ceux qui ont suivi l’affaire – ce dernier s’étonne qu’aucune enquête n’ait encore été ouverte dans le cadre de la vente d’une parcelle de la forêt de Compiègne réalisée par Mr Woerth peu de temps avant son départ du Ministère du Budget dans des conditions prêtant à suspicion. Et demande au procureur général de Paris :

de lui adresser tous les éléments utiles (concernant) la cession d’une parcelle de la forêt domaniale de Compiègne (une décision contestée de Woerth qui n’a pour l’instant donné lieu à aucun développement judiciaire).

Mais ne nous réjouissons pas trop vite, l’indépendance de la justice étant en France sous Nicolas Sarkozy ce qu’elle est, et les demandes de Jean-Louis Nadal n’ayant pas de valeur directive, il est encore fort probable que l’enquête reste dans les mains de Courroye, qui a adressé une fin de non-recevoir à cette demande. Ce dernier a d’ailleurs aussitôt fait savoir qu’il allait « continuer ses investigations », suggérant du même coup qu’il n’entendait aucunement passer la main.

Appart Nicolas Sarkozy île de la Jatte

Rappelons pour la petite histoire que ce procureur est un « ami » de Nicolas Sarkozy, qu’il avait lui-même classé sans suite l’enquête sur l’achat de l’appartement de ce dernier sur l’île de la Jatte au groupe immobilier Lasserre (dépendant des permis de construire de la mairie) alors qu’il était maire de Neuilly-sur-Seine. Nicolas Sarkozy était à l’origine des faits suspecté de prise illégale d’intérêts et de corruption passive avec enrichissement personnel…

Gageons dans cette situation qu’il est donc aussi peu probable de voir confier à un juge d’instruction l’enquête sur Woerth, que de voir la chimérique commission d’enquête demandée par l’opposition se mettre en place.

L’affaire Woerth-Bettencourt ou la faillite du contrat social sarkozyste

10 juillet 2010 1 commentaire

Ce que cache vraiment l’affaire Woerth-Bettencourt et pourquoi elle est explosive.

Le programme de Nicolas Sarkozy en 2007 était simple : le bouclier fiscal pour les très riches, le « Travailler Plus pour Gagner Plus » pour le plus grand nombre. Les français, vaguement conscients de l’injustice sociale que représentait le bouclier fiscal, prenaient le parti d’accepter ce dernier en échange de jours meilleurs sur le terrain du pouvoir d’achat promis par le candidat Sarkozy.

Un contrat social était passé entre le candidat-Président et ses électeurs : en échange d’avantages pour les très riches, le niveau de vie du plus grand nombre s’élèverait. Ensemble, tout devenait possible comme le disait le slogan du candidat.

Trois ans plus tard, le bouclier fiscal tient toujours, malgré les critiques de l’opposition, la crise financière et le besoin criant de trouver des nouvelles ressources budgétaires. Le Président semble même s’y accrocher dans un mouvement aussi désespéré qu’inhabile politiquement.

A l’inverse, la promesse d’augmentation du pouvoir d’achat pour tous s’est lamentablement échouée sur les rivages de la crise financière. Et, les français voient leur horizon s’obscurcir, entre augmentation inéluctable des impôts et baisse annoncée des prestations sociales.

Mieux, la majorité vient d’élaborer un plan pour les retraites qui préserve les avantages des retraités (un réservoir stratégique de voix pour Nicolas Sarkozy en 2007) et des plus aisés (une part importante des contributions de campagne de Nicolas Sarkozy) et refuse de taxer le capital, tout en faisant porter l’essentiel des efforts sur les actifs, qui devront travailler plus longtemps, sans être sûrs de voir le niveau de leur retraite garanti.

En somme, un « Travailler Plus pour Gagner Moins » pour la majorité des français.

Les riches gardent leur bouclier fiscal, les autres n’ont qu’à s’en procurer un en prévision des tempêtes qui s’annoncent.

C’est dans ce contexte que surgit l’affaire Bettencourt. Et qu’une lumière crue est jetée sur ces deux tendances antagonistes : tandis que Mme Bettencourt se fait rembourser par le fisc 30 millions d’euros sur ses impôts, les français voient leur Ministre-Trésorier- Epoux de la gestionnaire de Mme Bettencourt leur présenter une réforme qui – bien que rendue nécessaire par le poids de la démographie – signe pour l’immense majorité d’entre eux la fin de ce qu’ils considéraient comme avantages acquis.

C’est cette flagrante injustice qui éclate au grand jour dans cette affaire : la protection des avantages de quelques-uns au détriment de l’intérêt du plus grand nombre.

C’est la faillite du contrat social sarkozyste que l’affaire Bettencourt, par un raccourci dont l’histoire a le secret, illustre mieux que tout.

Quoiqu’en dise la droite, il n’y a rien de fasciste ni de violent aux révélations de Mediapart, c’est l’injustice que cette affaire illustre qui est violente.

Y a-t-il (encore) un pilote dans l’avion ?

7 juillet 2010 Laisser un commentaire

Après les révélations de l’affaire Woerth, l’Elysée semble avoir de plus en plus de mal à reprendre le contrôle de la situation.

La déflagration produite par l’affaire Woerth a été si puissante qu’elle a tout balayé sur son passage : réforme des retraites, loi sur la burqa, mesure de réduction des déficits…Et l’Elysée ne semble plus en mesure d’imposer l’agenda médiatique au pays.

La réforme des retraites – qui devait être examinée en conseil des ministres mi-juillet – a ainsi été totalement éclipsée. Et plus aucun politique pour débattre des bienfaits réels ou supposés de l’allongement de la durée de travail ou la nécessaire prise en compte de la pénibilité.

De même pour la burqa, qui dans un autre contexte, eût été instrumentalisé par la majorité comme une preuve de sa lutte contre un soi-disant « islamisme rampant » prêt à conquérir la société française. Plus personne de se soucier de cette question.

Oubliées elles aussi, les mesures de réduction des déficits, pourtant exigées par les marchés financiers et que la majorité commençait à nous présenter comme inéluctables.

Face à cette déferlante, les ripostes de l’Elysée ont été jusque-là brouillonnes, trop tardives et inadaptées.

Comment ne pas voir l’effet dévastateur de la volonté de Nicolas Sarkozy de vouloir choisir la date du limogeage de ses ministres fautifs ? Et quel avantage – à part celui de maintenir l’illusion de pouvoir encore dicter sa volonté aux choses – à maintenir ces pauvres hères en sursis au gouvernement, privés de tout réel pouvoir pendant la période estivale ?

Comment croire qu’une circulaire bâclée, envoyée à un premier ministre réduit au simple rang de « collaborateur » puisse faire croire aux Français à une moralisation instantanée de la vie publique ?

Enfin, et le week-end dernier nous l’a prouvé, le président – à vouloir continuer à imposer ses échéances – a même réussi à faire exploser son propre gouvernement, avec la démission à son initiative – quoiqu’en dise l’Elysée – d’Alain Joyandet, qui s’est estimé trahi dans son honneur par les déclarations de Nicolas Sarkozy devant les députés UMP la semaine dernière. Le week-end dernier laisse d’ailleurs Nicolas Sarkozy dans une position encore plus inconfortable que s’il avait décidé d’avancer son remaniement : en effet, nul n’ignore que les deux partants seront inévitablement rejoints par d’autres…menant à deux remaniements au lieu d’un en l’espace de quelques mois.

En vérité, l’exécutif donne l’impression d’avoir perdu la main dans la tourmente et le pays de ressembler à un avion sans pilote.

L’affaire Woerth touche à un sujet explosif en France:  l’argent et ses liens avec le pouvoir et met en lumière la faillite du sarkozysme. En effet, le bouclier fiscal n’était acceptable pour la majorité des électeurs de Nicolas Sarkozy que si la promesse du « Travailler Plus pour Gagner Plus » était tenue. Mais à partir du moment où ce dernier engagement n’est pas respecté, et il ne l’est plus dans le contexte actuel de crise économique, de réduction des dépenses publiques et d’augmentation à venir de la pression fiscale, la politique de Nicolas Sarkozy apparaît comme ce qu’elle est vraiment : une politique de classe, visant à favoriser des clans proches du pouvoir.

Dans ce contexte-là, continuer à adopter l’attitude de la majorité face aux questions de l’opposition sur l’affaire Woerth – c’est-à-dire nier en bloc les accusations, traiter les questions par le mépris et feindre de croire que la soi-disant irréprochabilité de Mr Eric Woerth le place de facto au-dessus de toute question – ne fera qu’envenimer les choses. Ce mépris face aux questions posées s’avérant d’autant plus dangereux qu’il fait écho au mépris que ressentent les classes moyennes et populaires face à leur quotidien.

Il est plus que temps que l’exécutif se ressaisisse, prenne la mesure de la situation et en tire les conclusions qui s’imposent pour tenir l’engagement du candidat Sarkozy d’une « République Irréprochable ». Un « Je vous ai compris » gaullien en quelque sorte. Mais Nicolas Sarkozy en a-t-il la stature ?

Sarkozy : leurs buts valent plus que vos retraites

25 juin 2010 1 commentaire

On croit rêver : le jour où la France manifeste contre les retraites, Sarko ne trouve rien d’autre à faire que de recevoir à l’Elysée…Thierry Henry, représentant d’une nouvelle race inédite que seule la France pouvait inventer : les millionnaires chômeurs.

Pendant que Henry se plaignait auprès de notre Omniprésident du fait qu’on avait été méchant avec lui, qu’il y avait un traître dans l’équipe, qu’on avait osé lui demander de bien vouloir daigner shooter dans une baballe – et autres balivernes du niveau d’une cour de récréation de primaire, la France défilait, réclamant des aménagements au plan de retraite présenté par le gouvernement.

Que Sarkozy aime le foot, c’est son droit le plus inaliénable. Mais on notera que le parvenu de l’Elysée a pour écouter les doléances du sportif dû décaler un rendez-vous avec une ONG, et qu’il avait déjà décommandé la Présidente suisse pour cause de match France-Afrique, cet épisode faisant d’ailleurs étrangement écho à la politique de la chaise vide d’Angela Merkel d’il y a quelques semaines (cf. article). Si l’on voulait faire du mauvais esprit, on tenterait comme explication que le Président s’est ainsi vengé – à la façon d’un sale gosse complexé – d’Angela, la suissesse payant l’affront de l’allemande.

Mais l’intérêt de Sarko pour le foot ne s’arrête pas là : qu’apprend-on ? Que notre omniprésident vient de convoquer des Etats Généraux du Football à la rentrée – bizarrement à peu-près à la même époque où le texte des retraites passera devant le Parlement. L’occasion de débats stratégiques pour l’avenir de la France à un moment où le déficit explose et où Christine Lagarde est la seule à voir la reprise, le tout placé sous les auspices de nos deux inénarrables pom-pom girls du gouvernement, les Laurel et Hardy du football français, Rama Yade et Roselyne Bachelot.

Bref, pour employer une métaphore dont on est sûr qu’il puisse la comprendre, Sarko vient encore de nous démontrer de façon éclatante qu’il était aussi loin de la stature présidentielle que l’équipe de France de football d’un but.

Dis-moi à qui tu parles, je te dirai qui tu es

26 mai 2010 1 commentaire

Décidemment, on a beau chasser le naturel, il revient toujours au galop. On croyait le bling-bling oublié, banni à jamais par le remplacement au poste de Première Dame de l’arriviste clinquante de Neuilly s/Seine par l’aristocrate italienne.

Il n’en est rien et c’est Eric Woerth, Ministre du Travail en charge du dossier des retraites, et accessoirement mari de Madame, administratrice de la maison de luxe Hermès, qui nous le prouve. Ce dernier vient en effet de choisir l’hebdo Paris Match pour annoncer le report de l’âge de départ en retraite au-delà de 60 ans. C’est ainsi une des orientations clés de la réforme des retraites que le Ministre choisit de noyer entre les stars de Cannes, les sordides affaires de touche-pipi des fils de Villiers et la naissance de la fille de Claudia Schiffer. Curieux choix pour un des ministres les moins bling-bling du quinquennat, mais certainement contaminé par les nouvelles fonctions de sa femme et les penchants du locataire du Château. Mais qui permet au Gouvernement et à la Droite de truster les articles les plus lus de l’hebdo de l’ami de Lagardère, l’ami du Prince, la déclaration de Woerth arrivant en deuxième position, juste après celle de Benjamin Biolay sur sa prétendue liaison avec Carla Bruni. Au moins les Français travailleront-ils jusqu’à 75 ans mais pourront-ils continuer à lire Match…

Il ne manque plus qu’à ça une déclaration de politique générale dans Tele 7 Jours, l’annonce de la sortie de l’Union Européenne dans Biba et une déclaration de guerre dans Mr Muscle pour que la farce soit complète et la médiocrité du Régime totalement à nu. C’est la Princesse de Clèves qui doit s’en retourner dans sa tombe.