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Posts Tagged ‘conflit d’intérêt’

Wauquiezgate: la suite

17 juillet 2010 1 commentaire

Le petit aller-retour de Laurent Wauquiez commence à faire des remous dans la Presse. Après LePoint, Libé et L’Express relatent l’affaire. Alors que le secrétaire d’Etat adopte une défense à géométrie variable, à la Eric Woerth.

Laurent Wauquiez collecte fonds Nouvel Oxygene Londres

Gros titre ce vendredi dans Libé (« A Londres, Wauquiez fait la manche ») sur l’affaire Wauquiez (le sémillant secrétaire d’Etat a profité d’une réunion officielle à Londres pour collecter de l’argent pour son propre parti « Nouvel Oxygène », voir article ici).

Collecte effectuée auprès de responsables de fonds et de banquiers alors qu’il fustigeait les même hedge-funds et banquiers dans un article de La Tribune en février 2009, n’hésitant pas à déclarer: « Les débordements du capitalisme financier ont tué le capitalisme économique et de production. »

Cette collecte de fonds s’inscrit dans la lignée des « micro-partis » qui permettent en créant des « structures-écran » de contourner la loi en toute légalité sur le financement des partis politiques (cf. article dans Rue89 montrant les revenus des principaux micro-partis).

L’attitude de Wauquiez, confondant un peu vite ses casquettes de secrétaire d’Etat et trésorier de son propre parti (ça vous dit quelque chose?), a été qualifiée de « proprement hallucinante » par le trésorier du PS, Régis Juanico. Le même de continuer:  « Qu’un secrétaire d’Etat à l’Emploi puisse se permettre à la fin d’un dîner de faire un appel aux dons et donc utiliser quelque part un voyage officiel dans un but de promotion politique de sa propre carrière, c’est profondément choquant ».

Régis Juanico va plus loin encore, évoquant « un agent double au gouvernement avec une visite et un agenda officiels et une fonction officieuse de nuit avec ce dîner » qu’il qualifie par ailleurs de « pas anodin », selon Le Figaro.

D’autant plus que, toujours et encore selon le trésorier du PS, « M. Wauqiuez s’est fait une spécialité à l’Assemblée de nous donner en permanence des leçons de moralité, de vertu et d’éthique républicaine. » (voir ici l’intégralité de la réaction de Régis Juanico).

Wauquiez Londres Collecte Fonds Nouvel Oxygène

De son côté, le secrétaire d’Etat nous sert une défense à géométrie variable, à la Eric Woerth. Il a ainsi d’abord contesté la nature de ce dîner à Londres, avant de reconnaître avoir perçu de l’argent des personnes présentes.

Avant d’entonner une autre litanie, pour se défendre contre l’accusation désormais très sensible de « conflit d’intérêt » – notion que la droite semble tout juste de découvrir – et de déclarer: « Il n’y a pas de sujet, les gérants de fonds n’ont rien à voir avec ce dont je m’occupe dans mon ministère (…) il n’y a aucune interférence ».

On notera avec amusement que le jeune secrétaire d’Etat utilise la même rhétorique que son aîné Woerth (« Il n’y a pas de sujet »), balayant avec mépris les accusations…

En tout cas, derrière cette défense lisse, Wauquiez – bien trop intelligent pour ne pas être conscient des dommages que cette affaire pourrait causer à sa carrière – semble s’activer en coulisse pour limiter que les participants ne parlent trop.

Ainsi, Libé cite la secrétaire d’un gérant de fonds déclarant que « Laurent Wauquiez a déjà appelé trois fois. Hier encore… » , avant d’expliquer que  son patron ne « voulait plus aborder ce sujet ». Toujours selon le quotidien, les participants au dîner auraient reçu plusieurs coups de fil, y compris du secrétaire d’Etat lui-même, fort marri que l’affaire se soit ébruitée.

Ironie ou preuve supplémentaire que nous avons décidemment « la droite la plus bête du monde », un autre dîner du même genre serait prévu dans les mois à venir.

Question: Quelle casquette Laurent Wauquiez portera-t-il alors?

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Démission de Woerth de son poste de trésorier de l’UMP ?

12 juillet 2010 Laisser un commentaire

Le ministre ainsi que le Président ont évoqué pour la première fois la possibilité d’une démission d’Eric Woerth du poste de trésorier de l’UMP.

Ce qui n’était pas un conflit d’intérêt il y a quelques semaines commence à être reconsidéré comme tel. La majorité commence à évoquer un changement dans les règles du jeu suite à l’affaire Woerth. Le front a été ouvert par Woerth lui-même ce matin, déclarant sur Europe1 qu’il allait penser à une éventuelle démission de son poste de trésorier de l’UMP.

Nicolas Sarkozy a lui-même déclaré lors de son interview sur France2: «Mon conseil c’est qu’Éric Woerth n’exerce plus ses fonctions» de trésorier de l’UMP.

Un démenti cinglant adressé aux deux chiens de garde de l’UMP, Frédéric Lefebvre et Dominique Paillé, pour lesquels le matin même une éventuelle démission d’Eric Woerth de ses fonctions de trésorier de l’UMP « n’était pas à l’ordre du jour », d’après Le Figaro.

Vous avez aimé le Woerthgate, vous adorerez le Wauquiezgate

10 juillet 2010 1 commentaire

Alors que l’affaire Woerth n’en était qu’à ses débuts, le ministre de l’Emploi Laurent Wauquiez était à Londres, mélangeant allégrement ses deux casquettes de ministre et …financier de son propre parti, Nouvel Oxygène (!).

Financement UMP Laurent Wauquiez Nouvel Oxygène

Montage LePost.fr

Nous avons décidemment la Droite la plus bête du monde.

Alors que les premiers scoops de l’affaire Woerth-Bettencourt étaient en train d’être dévoilées, notre sémillant et plein de confiance (en lui) ministre de l’Emploi organisait un dîner à Londres, dans le très chic quartier de Mayfair avec des banquiers, gérants de fond et administrateurs français de la City, comme le rapporte Le Point dans sa livraison du 8 juillet.

Parmi les invités, on comptait une administratrice de la Société Générale, Nathalie Richou, les gérants de fond Pierre-Henri Flamand (ex-Goldman Sachs) et Emmanuel Roman (CLG) ou des banquiers comme Franck Petitgras (Morgan Stanley Europe), et Michael Zaoui. Du beau monde donc, et de l’argent, tant à titre professionnel que personnel.

La discussion a porté sur la politique économique de Nicolas Sarkozy, et Laurent Wauquiez a prié chacun – précaution utile au vu de l’état de nos finances publiques – de s’abstenir d’attaquer la dette française et de nous réduire à l’état de vulgaires Grecs.

Jusque-là, rien d’anormal, un simple ministre – quoique peut-être plus ambitieux que les autres – dans l’exercice de ses fonctions, sans qu’il eût été fait usage du moindre jet privé pour ce déplacement.

Tout aurait pu le rester si, toujours d’après l’hebdomadaire, vers la fin du dîner, Laurent Wauquiez n’avait pas endossé alors une seconde casquette, celle de trésorier de son propre parti, Nouvel Oxygène (la modestie n’a jamais été le point fort du ministre), basé en Haute-Loire (tant il est vrai que l’air est meilleur dans la circonscription de Laurent Wauquiez…).

Et les banquiers – que l’on imagine médusés si ces derniers ont un tant soit peu fait leurs les habitudes anglaises vis-à-vis du conflit d’intérêt – de se voir priés de verser leur obole au ministre-trésorier, alors plus trésorier que ministre.

Si nous résumons bien, nous avons là un ministre, Laurent Wauquiez, qui représentant l’Etat français lors d’une représentation officielle, financée par des fonds publics, organise une collecte de fonds pour son propre compte (et pour le compte de l’UMP, cf. l’article du Post sur le financement des partis politiques).

Vous connaissez un autre ministre qui pratiquait de même ?

Vous avez dit conflit d’intérêt ?

« Honni soit qui mal y pense », nous diraient avec humour les Anglais…

Affaire Bettencourt : Woerth s’emmêle les casquettes

27 juin 2010 2 commentaires

Ce qui avait débuté comme une sordide affaire de famille et de gros sous est en train de se transformer en affaire d’Etat, impliquant le ministre le plus en vue du moment, Eric Woerth, en charge de l’explosive réforme des retraites dont on imagine que ce dernier se serait bien passé d’un tel scandale en ce moment.

Depuis la semaine dernière, le procès entre sa fille et l’héritière de L’Oréal, Liliane Bettencourt est en effet devenu affaire d’Etat, après la publication par le site Mediapart d’enregistrements effectués à l’insu de l’héritière par son (fidèle) maître d’hôtel. L’affaire Bettencourt quittait définitivement les pages « people » pour les pages « politique ». Et une sordide affaire de gros sous opposant une mère soupçonnée de ne plus trop avoir toutes ses facultés à sa fille bien déterminée à récupérer sa part du magot du géant mondial des cosmétiques menaçait de faire tanguer violemment le gouvernement (la majeure partie de la fortune de Liliane Bettencourt provient d’actions L’Oréal, société fondée par son père Eugène Schueller, grand industriel qui n’eut pas de trop de ses connaissances en maquillage pour dissimuler à la Libération ses sombres accointances avec des groupuscules d’extrême-droite pendant la Guerre).

Que ressort-il de ces écoutes ? Que Liliane Bettencourt a au mieux perdu le fil de ses affaires, au pire vit sous l’emprise de son entourage qui met autant d’énergie à servir la vieille femme qu’à s’en servir.

Mais le plus dérangeant est le mélange des genres que révèlent ces écoutes : Florence Woerth, la femme du ministre, était jusqu’à sa démission la semaine dernière, employée par la structure qui gérait les avoirs de Mme Bettencourt, et aurait – d’après le conseiller de Mme Bettencourt – été embauchée à la demande du ministre Woerth lui-même, alors ministre du Budget et trésorier de l’UMP. On apprend ensuite que Liliane Bettencourt possède des avoirs à l’étranger (des comptes en Suisse, une île aux Seychelles…), participant – bien malgré elle certainement – à l’évasion fiscale que le mari de Mme Woerth se faisait fort d’éradiquer lors de son passage au budget (on se souvient de sa fameuse liste d’évadés fiscaux). On ne peut pas imaginer plus gros comme conflit d’intérêt au sein du couple Woerth: Florence employée de la structure orchestrant la fraude fiscale, Eric de son côté faisant semblant de chasser la fraude de l’employeur de sa femme. Le tableau n’est toutefois pas complet si l’on ne mentionne pas que Patrice de Maistre, le fielleux conseiller de Mme Bettencourt (qui rêvait que Liliane lui offrît un voilier), reçut la Légion d’Honneur des mains…d’Eric Woerth en 2008. Un ministre décorant le patron de sa femme, c’est assez « république bananière ». Dans le contexte des fonctions de Mme Woerth et des acrobaties fiscales de l’employeur de la femme du ministre, voilà qui a encore plus de piquant et qui mène à se poser la question d’une éventuelle dette du ministre envers le conseiller. Voilà pour la casquette de ministre du Budget d’Eric Woerth.

La seconde casquette d’Eric Woerth – celle de trésorier de l’UMP – pose encore plus de problèmes : il est en effet fait état dans ces retranscriptions de participation de Liliane Bettencourt aux campagnes de Valérie Pécresse, de Nicolas Sarkozy et …d’Eric Woerth lui-même. Là encore, ressurgit le conflit d’intérêt dans toute sa splendeur : Eric Woerth – le trésorier de l’UMP – n’aurait-il pas été tenté pour sécuriser l’apport de fonds que représentait Liliane Bettencourt de limiter les ardeurs d’Eric Woerth le ministre du budget dans l’étude des irrégularités du dossier fiscal de l’héritière de l’Oréal ?

Enfin, et ce sera un argument contre ceux qui prétendent que la justice est indépendante en France, on est surpris de voir que c’est Patrick Ouart – le conseiller pour les affaires juridiques de l’Elysée – qui annonce, plusieurs semaines avant le jugement, la décision de justice au conseiller de Liliane Bettencourt de classer l’affaire opposant Mme Bettencourt à sa fille. Mais personne ne semble s’être inquiété de cette entorse à la séparation des pouvoirs…tant il est vrai qu’il y avait déjà tant à faire sur d’autres fronts.

Chacun de ces éléments pris séparément aurait suffi dans n’importe quelle démocratie digne de ce nom à faire sauter ledit ministre, si ce n’est le gouvernement. Point sous nos cieux, où l’on a fait démissionner la pauvre Florence Woerth – tout en hurlant de l’autre côté à l’atteinte aux droits d’une femme de ministre de mener carrière ! – et où la Droite est montée au créneau pour défendre le soldat Woerth, criant à l’unisson au complot, Fillon, pourtant peu enclin à la surenchère verbale allant même jusqu’à accuser les « chiens » de sinistre mémoire (terme qu’avait utilisé Mitterrand pour désigner les journalistes après la mort de Pierre Bérégovoy). Notre omniprésident, lui, de rester silencieux, trop occupé qu’il était à soigner les blessures narcissiques du multi-millionnaire Thierry Henry, à convoquer des Etats Généraux du Football Français et à organiser une aussi incompréhensible que brève visite à la cité des 4000 à La Courneuve.

Conflits d’intérêts, évasion fiscale, attribution douteuse de décorations…Ainsi va la vie politique, à Brazzaville-sur-Seine sous le règne de Nicolas Sarkozy, lui qui il n’y a pas si longtemps nous déclarait vouloir une « République irréprochable » (video).