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Posts Tagged ‘déchéance de la nationalité’

L’été des seconds couteaux

10 août 2010 Laisser un commentaire

L’Allemagne eut en son temps sa Nuit des Longs Couteaux, l’UMP nous offre ce mois d’août « l’été des Seconds Couteaux ». En effet, en l’absence de Nicolas Sarkozy en villégiature chez sa belle-mère, les seconds couteaux de l’UMP présents à Paris se relaient pour assurer le service après-vente des mesures sécuritaires du président. C’était hier au tour d’Estrosi.

Le ministre – adepte des déplacements en jet privé et multilogé par la République – était hier sur Europe1 pour défendre les mesures du chef de l’Etat et assurer sa défense, après la violente attaque de Rocard, qui dans Marianne faisait le parallèle entre Vichy et le nazisme et les propositions de déchéance de la nationalité.

Le ministre a d’abord exprimé son désaccord avec les termes employés par l’ancien premier ministre:

C’est insupportable de faire référence aux nazis.

Avant de s’attaquer à Rocard lui-même, faisant mine de mettre les propos de l’ancien premier ministre sur un trop long éloignement du pouvoir:

Rocard est déconnecté de la réalité. (…) Rocard, ca fait longtemps qu’il n’est plus maire d’une commune où on a des problèmes quotidiens auxquels on est confronté. (…) Le monde a changé, monsieur Rocard devrait s’en rendre compte.

On rappellera toutefois à Mr Estrosi, qu’il est des choses qui ne changent pas, qui s’appellent Droits de l’Homme ou Constitution de la Vème République, que chacun – fût-il président de la République – est censé respecter.

Mais le plus beau restait encore à venir, Estrosi ayant visiblement décidé de coiffer Hortefeux au poteau à l’épreuve du populisme et de la xénophobie. Le ministre, reprenant l’amalgame si commode et réputé rentable électoralement entre « étrangers » et « délinquance » a en effet conclu sa démonstration sur la déchéance de la nationalité sur ces mots :

(…) accepter nos lois ou les violer, il faut choisir. Tout simplement, Français ou voyou, il faut choisir.

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Rachida attaque la politique de sécurité au Kärcher

10 août 2010 Laisser un commentaire

C’est une voix dissidente que fait entendre Rachida Dati, pointant l’échec de la politique sécuritaire de Sarko. Dans la ligne de mire de la député européenne, son meilleur ennemi…Brice Hortefeux.

On ne se refait pas : c’est dans Grazia que Rachida Dati a choisi de donner sa vision de la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy. Et l’ancienne ministre d’avouer crûment l’échec de la droite dans ce domaine:

C’est vrai qu’une majorité de Français a le sentiment que la délinquance a augmenté (…) Quelque chose n’a pas marché. Depuis trois ans, les atteintes aux personnes augmentent et elles sont encore plus violentes qu’avant.

Et l’ancienne ministre de la Justice, de pointer du doigt le coupable de ce fiasco sécuritaire : son meilleur ennemi, Brice Hortefeux, qui avait avec Pierre Charon essayé de la déstabiliser lors de l’affaire des rumeurs sur les liaisons au sein du couple Bruni-Sarkozy.

Le ministre de l’Intérieur (Brice Hortefeux) doit être parmi les Français, en soutenant fermement et clairement les forces de l’ordre et la justice. Est-il normal que l’on menace des policiers de mort, que l’on tire dessus à balles réelles? Que certains d’entre eux soient obligés de changer de lieu d’affectation pour leur sécurité et celle de leur famille? On est tout de même dans un Etat de droit, une démocratie.

L’ancienne porte-parole du candidat Sarkozy, l’ex-ministre de la Justice se posant la question de savoir si l’on est encore dans un état de droit…voilà un bel aveu d’échec pour la politique sécuritaire du gouvernement.

Nicolas reviens ! L’heure est grave en Sarkozie !

Rappelons pour la peite histoire que Rachida n’en est pas à sa première gaffe sur le « Karcher »:


Présumés fachos

10 août 2010 2 commentaires

Sarko peut se reposer tranquille chez belle-maman au Cap-Nègre: la machine à gaffer de l’UMP ne prend pas de vacances, avec en première ligne Frédéric Lefebvre et l’inoxydable Brice Hortefeux, barrant toujours plus à droite.

Dans la séquence « après-vente » des propos sécuritaires du chef de l’Etat, le premier à dégainer fut Frédéric Lefebvre, qui déclarait la semaine dernière au micro d’Europe1:

(…) la question des étrangers, c’est un problème majeur dans notre pays (…) La délinquance, chacun sait qu’il y a des liens avec l’immigration, c’est souvent pas correct le dire, mais chacun le sait.

Du bon « rouge qui tâche » comme l’aime Sarko, censé rassembler la droite dure et les électeurs égarés du FN au premier tour de la prochaine présidentielle, marqué au bon sens du bistrot du coin, et plus digne d’un Jean-Marie Le Pen  que d’un porte-parole du parti majoritaire.

Mais Lefebvre n’allait pas tenir la vedette longtemps. C’était sans compter l’inoxydable Brice Hortefeux, exécuteur des basses oeuvres de son mentor Nicolas Sarkozy. Ce dernier – toujours sous le coup d’un procès pour injure raciale (et point encore déchu de sa nationalité auvergnate ?) – vient en effet de déclarer sur RTL à propos de son meilleur ennemi Lies Hebbadj :

Cet individu est présumé coupable de polygamie, de fraude aux prestations sociales, c’est à dire d’avoir bénéficié de manière indue et injuste d’allocations familiales, d’allocations de parent isolé.

Tout en réitérant sa volonté de déchoir le suspect de sa nationalité en cas de condamnation – lavant là plus blanc que Sarko et inventant là encore de nouvelles raisons de déchéance de nationalité.

Cette déclaration pose toutefois deux problèmes majeurs: le premier est que l’on n’est pas, n’en déplaise au ministre, « présumé coupable », mais « présumé innocent » avant que la justice ait rendu son jugement. Mais là encore, le ministre ne fait-il que de s’aligner sur la conception très particulière de la justice de Nicolas Sarkozy, qui n’avait pas hésité à qualifier de « coupables » les prévenus lors du procès Clearstream, ce qui lui avait valu ce rappel à l’ordre en bonne et due forme par Olivier Metzner, l’avocat de Mr de Villepin:

C’est cela le respect de votre tribunal ? de votre parquet ? C’est cela qu’un président de la République donne comme spectacle à la France de la justice? La présomption d’innocence est un droit fondamental. Et le président de la République la bafoue en direct devant des millions de Français ! On a déjà voulu pendre Dominique de Villepin à des “crocs”. Maintenant, on le dit déjà coupable !

Deuxième point, symptomatique là encore de la vision sarkozienne de l’exercice du pouvoir,  le ministre – d’Etat, doit-on le rappeler ?  – préjuge ce faisant d’une décision de justice qui ne lui appartient pas et viole par là même un des principes fondateurs de la démocratie: la séparation des pouvoirs.

Mais c’est vrai que nous n’en sommes décidemment plus à ces subtilités près, dans cette république qui de plus en plus nous donne l’impression d’être – n’en déplaise à la Droite – dirigée par des « voyous » – fussent-ils authentiquement français ceux-là.

Rocard: la loi sur les mineurs délinquants, inédite « depuis les nazis »

6 août 2010 2 commentaires

Dans un interview qui tranche avec le niveau délétère du débat sur la sécurité de ces derniers jours, l’ancien Premier Ministre socialiste, conscience morale de la gauche, dénonce avec virulence les dérapages non-contrôlés du chef de l’Etat et de ses troupes sur la sécurité.

Rocard mesures sécurité Sarkozy

Enfin une lueur d’espoir dans ce ciel de plus en plus brun de ce début du mois d’Août, qui rappelle étrangement 1940.

L’ancien premier ministre Michel Rocard critique violemment dans un interview à Marianne les dernières mesures du chef de l’Etat, estimant « qu’il le paiera » et que le projet de condamner les parents d’enfants délinquants remonte à « Vichy » et aux « nazis ». Il va plus loin, comparant les mesures proposées à celles en place à Vichy et critiquant la politique du tout sécuritaire:

Quand on va chercher l’électorat au Front national, voilà sur quels scandales on débouche. La loi sur les mineurs délinquants passe de la responsabilité pénale individuelle à la responsabilité collective. On n’avait pas vu ça depuis Vichy, on n’avait pas vu ça depuis les nazis. Mettre la priorité sur la répression, c’est une politique de guerre civile.

Il continue sur le même thème, affirmant que « la politique du tout-répression accroît la délinquance ».

L’ancien chef du gouvernement s’indigne aussi avec force contre la volonté de Nicolas Sarkozy de retirer la nationalité aux Français d’origine étrangère condamnés pour atteintes à la vie d’un policier ou d’un gendarme:

Je condamne la substance et le procédé. (…) Je sais bien que le Président recherche d’abord les effets d’annonce. (…) Les intentions sont scandaleuses.

Il se dit persuadé que le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel ne laisseront pas passer ce texte qui sera discuté à la rentrée à l’Assemblée nationale. « Je dis qu’il le paiera et qu’il l’aura mérité », dit l’ancien Premier ministre, « indigné » à propos du chef de l’État.

Selon Michel Rocard, « la répression, c’est l’échec de la prévention. Avoir supprimé la police de proximité, c’est dramatique. Et on le paie. » « La politique du tout-répression favorise les tensions, accroît la délinquance. Et pourquoi ? Parce qu’on donne priorité à l’électoral. C’est exécrable, scandaleux », renchérit-il.

Des propos utiles à méditer en ces temps de droitisation dangereuse du programme du président.